Sur Mars, fin de partie de cache-cache pour Beagle 2

Faisons aujourd’hui un bond en arrière de 11 années. Nous sommes à Noël 2003 – ce blog n’existe pas encore – et la sonde Beagle 2 de l’Agence Spatiale Européenne entame sa descente finale sur la planète Mars. La sonde, équipée notamment d’une bonne grosse foreuse, devait effectuer diverses analyses du sol martien pour y rechercher des traces de vie éventuelle. Mais voilà la sonde disparaît alors qu’elle est approche finale. Elle est déclarée définitivement perdue le 6 février 2004…

Beagle 2 tel qu'il aurait dû se déployer sur Mars (vue d'artiste)

Beagle 2 tel qu’il aurait dû se déployer sur Mars (vue d’artiste)

Janvier 2015… Beagle 2 réapparait ! C’est l’agence spatiale britannique – qui a conçu l’essentiel de l’engin – qui vient d’en faire l’annonce officielle. Cette découverte, on la doit à la vue exceptionnelle en haute définition de la sonde américaine MRO ( Mars Reconnaissance Orbiter ), l’un des engins terrestres actuellement en orbite autour de la planète rouge. MRO a repéré Beagle 2 – apparemment en un seul morceau – à 5km du bassin poussiéreux d’Isidis Planitia, le lieu prévu de son amarsissage. Voyez la photo ci-dessous. Bon d’accord, on ne voit rien. Faites un effort d’imagination.

Beagle 2 tel que vu par MRO. Son probable parachute et son bouclier arrière. (Crédit: University of Leicester/ Beagle 2/Nasa/JPL/University of Arizona)

Beagle 2 tel que vu par MRO. Son probable parachute et son bouclier arrière. (Crédit: University of Leicester/ Beagle 2/Nasa/JPL/University of Arizona)

Beagle 2 faisait partie de la mission Mars Express, première exploitation d’une autre planète du système solaire lancée par l’ESA, l’agence spatiale européenne. Sa découverte en un seul morceau (alors qu’on la pensait disloquée) est une bonne nouvelle : cela prouve à ses concepteurs que les phases complexes d’approche, de descente et d’atterrissage s’étaient bien déroulées, contrairement à ce que l’on pensait. Ce n’est que vers la fin de la procédure que Beagle 2 a connu un problème non identifié. Il aurait dû – une fois posé – déployer ses pétales et commencer à émettre. Peut-être que les martiens l’en ont empêché…

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La vie sur Mars. C’est reparti pour un tour.

De façon régulière dans l’actualité de notre système solaire, la planète rouge revient sur le devant de la scène comme pouvant abriter une forme de vie primitive. Sur place plusieurs robots américains – dont le célèbre Curiosity – ont gratté et creusent toujours à la recherche d’indices…

martien
La théorie d’une possible vie microbienne sur Mars est relancée cette fois par une petite météorite tombée sur Terre dans le village de Tissint dans le Sahara Marocain le 18 juillet 2011. Sa chute avait pu être observée par plusieurs témoins, et sa récupération avait été rapide. La pierre a été logiquement baptisée Tissint.

Tissint

Météorite martienne Tissint (credit: Michael Farmer)

Depuis, plusieurs équipes de chercheurs ont confirmé que Tissint venait bien de Mars, et surtout qu’elle pourrait contenir des traces de carbone d’origine biologique.

Le débat est ainsi relancé.

La NASA n’est plus seule sur Mars

Coût réduit et temps record. L’Inde a réussi l’exploit d’atteindre la planète rouge avec une sonde low-cost.

74 millions de dollars, c’est ce qu’a coûté la sonde MOM (Mars Orbiter Mission) surnommée Mangalyaan pour les intimes ( comparée aux 671 millions de MAVEN de la Nasa, voir mon article précédent). MOM a été élaborée en seulement 3 ans par l’ISRO, l’Agence Spatiale Indienne. De couleur dorée et de la taille d’une petite voiture, elle va mesurer la présence de méthane dans l’atmosphère martienne, un gaz qui est souvent le signe d’activité biologique. Evidemment on espère découvrir la trace d’une forme de vie primitive…

Mangalyaan est donc arrivée ce mercredi 24 septembre 2014 à 4h32 heure française, en orbite de Mars après 10 mois de voyage. Exemple parfait de propulsion low-cost : au début de son périple, Mars Orbiter avait tourné pendant un mois autour de la Terre afin de prendre assez de vitesse pour pouvoir échapper à la gravité terrestre. Une performance dont se félicite l’Inde, devenue ainsi le premier pays d’Asie à atteindre Mars…

MOM - vue d'artiste

MOM – vue d’artiste

Avec Mangalyaan, la planète Mars se trouve bien entourée. Si je fais les comptes et sauf erreur de ma part, 7 sondes sont actuellement en activité sur le sol et autour de la planète rouge :

  • Mangalyaan
  • Maven
  • Curiosity (au sol)
  • Opportunity (au sol)
  • Mars Express
  • Mars Odyssey
  • Mars Reconnaissance Orbiter

La sonde Maven en orbite martienne

Ce lundi 22 septembre à 4h24 du matin (heure française), MAVEN a effectué avec succès son insertion dans l’orbite de Mars. C’est la fin d’un voyage de 10 mois et 711 millions de km pour cette sonde américaine qui va tenter de percer les mystères de la perte autrefois, d’une grande partie de l’atmosphère de la planète rouge…

Maven avait décollé le 18 novembre 2013 de Cap Canaveral en Floride.

Maven (image d'artiste)

Maven (image d’artiste)

Calibrage

Désormais placée en orbite provisoire après avoir réussi à freiner sa vitesse, la sonde va entamer une longue période de calibrage de ses instruments embarqués. Ils sont 8 au total dont un spectromètre de masse pour déterminer les structures moléculaires des gaz atmosphériques et un appareil mis au point par l’Institut français de recherche en astrophysique qui va analyser le vent solaire. Il s’appelle SWEA pour Solar Wind Electron Analyser. Le calibrage du matériel devrait durer environ 5 semaines. Maven se placera ensuite sur une orbite elliptique. Celle-ci lui permettra de mieux observer les couches de la haute atmosphère martienne. Son altitude variera ainsi de 150 km à plus de 6000 !

Pourquoi une nouvelle mission martienne ?

Pas d’ « amarsissage » en vue, Maven va rester en orbite pour essayer de comprendre où ont bien pu passer tout le dioxyde de carbone et toute l’eau qui se trouvaient sur Mars dans un passé lointain. Précision de Bruce Jakosky de l’Université du Colorado et principal scientifique de la mission : « Quand de l’eau coulait en abondance sur Mars, comme le montrent de nombreux indices, la planète devait avoir une atmosphère plus épaisse qui produisait des gaz à effet de serre lui permettant d’être plus chaude ». Il s’agit maintenant pour les scientifiques de comprendre les changements survenus au fil du temps.

Cette mission – d’un coût de 671 millions de dollars – va durer un an.

Curiosity proche de son terminus

 Depuis le 6 août 2012, date de son arrivée sur la planète Mars, Curiosity roule et roule encore.

Le super robot de la Nasa, toujours niché dans le cratère Gale, est arrivé au pied du Mont Sharp en plein centre du cratère, une belle montagne de 5500 mètres d’altitude formée de couches sédimentaires que le rover américain va maintenant explorer jusqu’à rendre l’âme. Le Mont Sharp étant la destination finale de sa mission.

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Curiosity au pied du mont Sharp, autoportrait montage (crédit : Nasa/JPL)

On va grimper maintenant

L’ascension de Curiosity va commencer par l’exploration du socle de la montagne à un endroit baptisé « Pahrump Hills ». Initialement le robot devait emprunter une route plus longue, mais son parcours a été modifié en raison d’une usure excessive de ses roues. La traversée récente d’une région recouverte de roches tranchantes a provoqué des trous dans 4 des 6 roues du rover. Voyez la photo ci-dessous.

 

Des roues malmenées ! (Crédit: Nasa/JPL)

Des roues malmenées ! photo prise le 21 juillet 2014 (Crédit: Nasa/JPL)

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Priorité : forer

La priorité désormais pour les « pilotes » de la mission, est de mener des recherches scientifiques sur chaque strate de la montagne, avec des forages pour prélever des échantillons.

Curiosity doit encore faire la preuve de son utilité car un rapport publié en juillet par une commission indépendante au sein de la NASA a épinglé son travail : Curiosity coûte 2 milliards de dollars, mais l’ensemble de son travail représente selon ce rapport «  un rendement scientifique maigre ».

Le moment est donc venu pour le rover américain de croiser des martiens !

Un rover américain bat le record de distance sur sol extra-terrestre

Il s’appelle Opportunity.

Record de distance pour Opportunity (délire d'artiste crédit:NASA/JPL/Caltech)

Record de distance pour Opportunity (délire d’artiste crédit:NASA/JPL/Caltech)

Ce robot doté de 6 roues conçu par la NASA s’est posé sur Mars le 25 janvier 2004, dans la région équatoriale de Terra Meridiani. 21 jours plus tôt, son frère jumeau – le robot Spirit – se posait dans le cratère Gusev de l’autre côté de la planète rouge. Ces jumeaux robotisés de l’agence spatiale américaine ont mené de nombreuses expériences scientifiques. On leur doit notamment la découverte de traces d’un environnement humide sur Mars que l’on croyait totalement asséchée auparavant.

Si l’on reparle d’Opportunity aujourd’hui, c’est parce que contrairement à son frère Spirit désormais hors service, Opportunity roule toujours sur la planète rouge. Il vient même de battre le record absolu de distance parcourue sur un sol extraterrestre : 40 km ! L’engin avait été conçu pourtant pour ne rouler qu’un petit km…

40km, c’est un peu mieux que les 39 km parcourus en moins de 5 mois en 1973 par le robot soviétique Lunokhod 2, qui lui roulait non pas sur Mars, mais sur la Lune.

A titre de comparaison, la superstar martienne Curiosity – rover géant posé sur Mars depuis 2 ans et auquel on doit d’extraordinaires clichés (voir plus bas dans ce blog) – n’a roulé que 8km et demi jusqu’à présent.

« Opportunity est donc allé plus loin que n’importe quel autre véhicule roulant sur la surface d’un autre monde » se plait à déclarer John Callas du Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la NASA à Pasadena en Californie.

Opportunity poursuit d’ailleurs son exploration du cratère Endeavour, sur le sol rouge de Mars…un cratère de 22km de diamètre…

Depuis son arrivée sur Mars, Opportunity a donné beaucoup aux scientifiques : il a découvert la première météorite extraterrestre (baptisée « Heat Shield Rock »), il a étudié le spectaculaire cratère Victoria, puis le cratère Santa Maria. Récemment, avec l’analyse d’un rocher joliment baptisé Espérance, il a découvert les conditions les plus favorables au développement de la vie jamais mises au jour sur le sol de Mars.

Sur Mars, Curiosity met les gaz !

Presque 2 ans déjà sur la planète rouge, et c’est vraiment un bonheur de suivre l’aventure de Curiosity… le rover américain de la NASA se porte bien et continue de fournir moult informations scientifiques et aussi de belles photos de la surface de Mars.

Curiosity-image d'artiste

Curiosity-image d’artiste

Selon des explications données ces derniers jours par l’astrophysicien français Sylvain Maurice à Toulouse, Curiosity va maintenant accélérer le rythme de son voyage pour tenter d’atteindre d’ici Noël 2014 la zone du Mont Sharp, au sein du cratère Gale dans lequel il est posé.

Curiosity accélère donc sur ses 6 roues, mais reste prudent pour éviter tout incident. Il y a une semaine, il a même battu un record en parcourant 147 mètres en une journée. Il s’agit pour lui maintenant de réussir à passer sans encombre des dunes de sable, comme le montre cette photo prise ces derniers jours à l’arrière du rover.

 

Mars, le 29 juin2014 (Crédit :NASA)

Mars, le 29 juin2014 (Crédit :NASA)

 

De véritables dunes martiennes (crédit : NASA)

De véritables dunes martiennes (crédit : NASA)

 

 

A titre de comparaison, le rover américain avait parcouru 700 mètres la première année terrestre, et 7 km au cours de la 2ème !

Vue spectaculaire de Mars le 13 juin 2014 (Crédit : NASA)

Vue spectaculaire de Mars le 13 juin 2014 (Crédit : NASA)