Première nuit lunaire pour Chang E 3 et Yutu

2 semaines sur la Lune déjà pour le rover chinois Yutu ! 

Le surnommé « lapin de jade », vedette de la mission Chang E 3, s’est posé sur la lune le 14 décembre 2013 (voir post précédent) dans la mer des Pluies à une soixantaine de mètres seulement d’un « gros » cratère de 450 mètres de diamètre et de 40 mètres de profondeur.

(crédit NASA/GSFC/Arizona State Univ.)

(crédit NASA/GSFC/Arizona State Univ.)

Ci-dessus, la position de Chang E 3 par rapport au rover soviétique Lunkhod 1.

Yutu affronte depuis le 25 décembre sa première nuit lunaire (qui dure rappelons-le, 14 jours terrestres). Une véritable épreuve pour ce petit rover d’un mètre 50 qui doit supporter des températures de 180 degrés en dessous de zéro. Le « lapin » possède heureusement pour se réchauffer un petit radiateur nucléaire. Il verra le soleil se lever le 12 janvier, d’ici là, il faut supporter le choc. Et les ingénieurs chinois comptent sur un réveil réussi…

Avant de plonger dans la nuit lunaire, Yutu et son alunisseur ont pu être photographiés par la NASA. Précisément par l’œil « LROC » de la sonde américaine « LRO » Lunar Reconnaissance Orbiter. LRO est habituée à ce genre d’exercice, c’est grâce à elle que nous avons pu revoir les vestiges des missions Apollo (voir mes nombreux articles précédents). Cette fois-ci LRO a survolé le site de Chang E 3 à une altitude de 150 km. Ce qui a donné le cliché suivant.

(Crédit:NASA/GSFC/Arizona State Univ.)

(Crédit:NASA/GSFC/Arizona State Univ.)

La grosse flèche indique la position de l’alunisseur de la mission Chang E 3, et la petite la position du rover Yutu, qui a parcouru pour l’instant une quarantaine de mètres.

Lroc change3Ci dessus, les positions des cratères, par rapport au cliché. (Crédit:Di Lorenzo and Kremer)

Rendez-vous à la mi janvier pour le réveil du lapin de jade !

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Le meilleur de LRO

En attendant de pouvoir réaliser un album photo avec les clichés inédits de LROC – l’oeil de la sonde LRO – voici un lien où l’on peut observer sur le site de la NASA, les étonnants clichés haute définition de la sonde américaine Lunar Reconnaissance Orbiter.

( LRO vue d’artiste)

En cliquant sur les photos, on ouvre une page “zoomable” dans laquelle il est possible d’aller chercher “soi-même” les éléments décrits. Par exemple les traces de pas des astronautes d’Apollo, ou les vestiges des sondes américaines et russes.

Amusant. Merci la Nasa.

voici un bref rappel des sites d’alunissage, sous l’oeil puissant de LRO :

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Somptueuses falaises lunaires

Non loin de la surface de la Lune, la très solitaire sonde américaine Lunar Reconnaissance Orbiter, LRO pour les intimes, poursuit son systématique travail orbital de cartographe de la surface. LRO

Nous lui avons déjà rendu hommage à maintes reprises sur ce blog, car LRO est bien la pièce maîtresse de la plupart des récentes découvertes concernant notre voisine, dont vous le savez, toute reconquête est mise entre parenthèses pour cause de crise économique mondiale.

Une fois de plus, je dis merci à LRO et aux experts qui l’entourent et la bichonnent, pour leurs enseignements, dont le dernier porte sur certaines « pentes raides » – ou petites falaises – présentes sur la surface, qui semblent nous confirmer que la Lune se « contracte ».

Explication

Selon un article de la Nasa publié le mois dernier, l’analyse d’images prises par LRO, révèle la présence de nombreux escarpements. Selon les experts ( notamment selon Thomas Watters du centre d’études de la Terre et des planètes, Smithsonian’s National Air and Space Museum, Washington ), ces pentes raides souvent arrondies – que nous appellerons « escarpements lobés » – sont relativement récentes dans l’histoire géologique de la Lune : moins d’un milliard d’années, peut être « seulement » quelques centaines de millions d’années pour certaines, contre 4 milliards d’années pour la Lune dans son ensemble.

Il y a une façon simple de s’apercevoir que ces escarpements sont plus jeunes que certaines régions lunaires : parfois ils traversent et « coupent en deux » en quelque sorte, de vieux cratères. Ces escarpements, dont certains peuvent avoisiner les 100 mètres d’altitude, sont la preuve d’une contraction de notre satellite, une lune qui n’est plus « morte » comme on le pensait encore récemment, mais qui est en action, en l’occurrence, en contraction. En évolution en somme. Comme nous tous.

(ci-dessus, l’explication du phénomène, in english. )

Pas une découverte proprement dite

On savait déjà que ces falaises existaient. Une expédition humaine a même pû s’en approcher, à savoir Gene Cernan et Harrison Schmitt qui s’étaient posés en décembre 1972 dans la vallée de Taurus-Littrow, dans le cadre de l’ultime mission Apollo. La 17. Ainsi le basalt contenu dans cette vallée s’est contracté pour former l’escarpement Lee-Lincoln. Lieu situé juste à l’ouest du site d’alunissage d’Apollo 17, site indiqué par la flèche ci-dessous. L’escarpement lobé est visible sur le centre-gauche. (photo Nasa)

En fait, la découverte proprement dite des « escarpements lobés » remonte à l’analyse des photos haute résolution panoramiques réalisées dès la mission Apollo 15. Observations confirmées par les missions suivantes. Cependant, comme toutes les missions Apollo se sont posées près de l’équateur, on pensait que ces petites falaises pouvaient être liées à une activité tectonique propre aux régions équatoriales de la Lune.

Ce n’est que très récemment – grâce aux observations de LRO – que l’on a pu dire que ces « escarpements lobés » sont présents sur toute la surface sélène, ce qui accrédite la thèse d’une contraction du corps céleste dans son ensemble. A ce jour, LRO a détecté 14 falaises que l’on ne connaissait pas jusqu’ici.

Ces escarpements ne sont pas propres à la Lune. Ils ont aussi été observés dans des proportions plus importantes sur Mercure, la planète du système solaire la plus proche de notre Soleil.

Aujourd’hui les chercheurs de la Nasa poursuivent leur travail d’observation, et cherchent notamment à voir si certaines de ces formations connues pendant les périodes Apollo il y a une quarantaine d’années, ont évolué depuis. Il suffit de les comparer avec les observations de notre amie LRO.

On recherche aussi les raisons de la création de ces failles et de ces falaises, notamment dans quelle mesure l’attraction de la Terre y contribue. La Lune par son influence nous offre bien les marées, il est raisonnable de penser que nous lui faisons quelque cadeau en retour…

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On a retrouvé LUNOKHOD 2 !

Une fois de plus, on peut dire merci à la sonde américaine LRO. Lunar Reconnaissance Orbiter continue de réaliser un travail de cartographie inédit et exceptionnel de l’astre de nos nuits. Après avoir redécouvert les sites d’alunissage des missions Apollo, LROC ( la caméra de LRO ) a retrouvé la trace de l’un des deux rovers automatiques soviétiques, lancés à l’époque de la course à la Lune.

Il s’agit de Lunokhod 2, ( ci-dessous )  lancé en août 1973 à bord de Luna 21.

Lunokhod 2

Lunokhod 2, se nourrissant à la fois d’énergie solaire et nucléaire, parcourut un total de 37 km sur la surface de la mer de la Sérénité,     ( record tous rovers lunaires confondus )  pendant près de 5 mois, renvoyant sur Terre 80 000 photos et 86 panoramas. Outre prendre des photos, le rover soviétique a effectué des mesures de champ magnétique. Il roulait pendant le jour lunaire, et se mettait en « hibernation » pendant les longues nuits sélènes, survivant grâce à son cœur nucléaire.   Une mission qui devait s’arrêter subitement, Lunokhod 2 glissant accidentellement dans un cratère, sans pouvoir en ressortir.  Il n’a plus bougé depuis.

Lunokhod 2 par LRO

Pour la petite histoire, Lunokhod-2 n’appartient plus aux Russes. Il a été vendu aux enchères chez Sotheby’s au début des années 90. L’acheteur est Richard Garriott, un milliardaire développeur de jeux vidéo. Richard Garriott est allé dans l’espace en tant que touriste. Il a visité la station spatiale internationale en 2008 dans le cadre d’une mission Soyouz . Il est aussi le fils d’un astronaute américain Owen Garriott, qui orbita à bord de SkyLab dans les années 70 et vola ensuite à bord de la navette Columbia.

S’il est propriétaire de Lunokhod 2 qu’il peut désormais voir pour la première fois sur l’image ci-dessus, Richard Garriott devra encore attendre pour pouvoir  récupérer son achat !

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LRO élu « meilleur engin volant de l’année » !

LRO NASA

« Popular Science » est un vieux magazine américain de vulgarisation scientifique.

Chaque année, ses auteurs passent en revue des centaines, voire des milliers d’innovations technologiques  pour constituer un top 100 des meilleures nouveautés de l’année, dans de nombreux domaines allant de l’informatique à la santé en passant par l’environnement. Sont sélectionnées les innovations les plus surprenantes, les plus étonnantes, qui ont un impact positif immédiat, et une possibilité d’application pour le futur.

Le top 100 des nouveautés ( « the Best of What’s New » – en version originale ) est publié depuis 22 ans dans le numéro de décembre.

Dans son numéro de décembre 2009, le mensuel cite la sonde de la NASA “LRO” comme l’une des meilleures innovations en matière d’engins volants.

Lro autour de la Lune LRO autour de la Lune (vue d’artiste)

C’est un  honneur, a rapidement réagi Craig Tooley, chef du projet Lunar Reconnaissance Orbiter, au sein du Goddard Space Flight Center de la Nasa, à Greenbelt, qui estime que cette sélection est due à l’enthousiasme engendré aux Etats-Unis, par le retour sur la Lune, 40 ans après les missions Apollo. Si si, il semble que les américains soient enthousiastes, et qu’ils suivent attentivement les exploits de la sonde. Ah bon ? On ne ressent pas cela de ce côté ci de l’Atlantique… mais alors… pas du tout !

Il faut dire que LRO, lancée le 18 juin 2009 de Floride, et programmée pour fonctionner au moins un an, a déjà réalisé un travail phénoménal.

Placée en orbite polaire autour de la Lune quelques jours après son lancement, c’est elle qui a réalisé dès l’été dernier les premiers clichés des vestiges des missions Apollo, ( voir ci-dessous et beaucoup plus bas dans mon blog ). On y voit les étages inférieurs des modules lunaires, mais on y distingue aussi les appareils scientifiques, drapeaux, et même traces de pas. LRO, en orbite actuellement à une cinquantaine de km d’altitude, a aussi dévoilé des zones lunaires qui étaient en permanence plongées dans l’ombre,  des zones susceptibles d’abriter de l’eau et de l’hydrogène, des informations très détaillées sur la qualité du sol lunaire.

 

Apollo 12 vu par LRO

( Intrepid était le module lunaire – Surveyor 3 la sonde que Conrad et Bean ont visité en novembre 1969  – vue 2009 par LROC, l’oeil de LRO )

En 2010, LRO va poursuivre son travail en réalisant une cartographie complète et d’une précision jamais égalée de la surface sélène. La sonde va aussi étudier avec plus de précision les niveaux de radiation et les températures au sol. A la lumière de tous ces éléments, les experts de la Nasa sont censés déterminer les lieux potentiels d’alunissage des futures missions. Car rappelons le, LRO est censée représenter la première étape de la reconquête de la Lune par les américains, ou par extension par l’homme, car la mission pourrait prendre une dimension plus internationale.

Petit clin d’œil : les Russes sont déjà de la partie, l’institut pour la recherche spatiale de Moscou ayant construit l’un des équipements de LRO. Précisément le détecteur de neutrons.

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LCROSS : l’invisible crash lunaire

La sonde LRO n’était pas la seule passagère du vol Atlas V lancé le 18 juin 2009 de Floride, dans le cadre du premier pas des américains dans la reconquête lunaire.

Il y avait abord également sa soeur la sonde LCROSS (Lunar Crater Observation and Sensing Satellite). Accompagnée de la fusée Centaur, elle a voyagé pendant près de 4 mois dans l’espace, avant d’être précipitée le 9 octobre dernier sur le pôle sud lunaire.

Lcross-Centaur

( vue d’artiste – “Lcross” sur le dessus et “Centaur” assemblés)

Une opération kamikaze qui consistait à provoquer un double crash dans le cratère “Cabeus”. A 13h31 heure française ce 9 octobre, la fusée Centaur percutait sa cible, soulevant un nuage de débris. Quelques minutes plus tard, la sonde LCROSS subissait le même sort, au même endroit, après toutefois avoir pris des clichés et récolté de nombreuses informations sur les débris projetés par le premier impact. C’était tout l’intérêt de cette mission, qui avait pour premier objectif de déterminer si le fond de ce cratère contenait ou non des traces de glace – donc d’eau – élément essentiel à une hypothétique colonisation de notre satellite.

Lcross avant le crash

( Vue d’artiste – “LCROSS” juste avant le crash )

La mission a atteint son objectif, même si la Nasa n’a rien pu montrer de l’impact, du moins en direct. Pas de trace du crash, pas d’images spectaculaires. Juste une salle de contrôle où quatre personnes applaudissent. Par comparaison aux années Apollo, on est en plein constraste !

La satisfaction viendra peut être des résultats de cette mission. Les experts y travaillent. Et nous attendons avec impatience d’en savoir plus sur les ressources en eau de notre voisine.

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La vue extraordinaire de L.R.O.

Penchons nous un instant sur la sonde LRO.

Lunar Reconnaissance Orbiter, en orbite autour de la Lune depuis le 23 juin, a pour mission notamment de réaliser une cartographie en haute résolution de notre satellite. En théorie, il s’agit de définir de nouveaux sites d’alunissage, en vue des missions futures. La Nasa elle même y croit-elle réellement ?

En tout cas, l’oeil de LRO est plus puissant que les précédents engins de la Nasa, plus performant aussi que la récente sonde japonaise Kaguya, puisqu’il a réussi à dénicher les sites d’atterrissage des missions Apollo, avec sa résolution de 50 cm au sol et ses images de 5 km de côté.

partie basse LM

Pour plus de compréhension, voici ci-dessus ( filmée à l’époque par la caméra laissée sur place ) la partie basse des modules lunaires que vous retrouvez sous forme de “point” sur les clichés ci-dessous, pris par LRO en 2009.  (La partie haute ayant ramené les astronautes en orbite au moment de leur départ.)

Ce n’est pas très impressionnant, je pense que seuls les amateurs sauront apprécier. Je vous laisse juges…

APOLLO 11

Voici donc sur la photo ci-dessous le site historique d’alunissage d’Apollo 11. Première mission humaine. La “base” de la Tranquillité. On y voit clairement la partie basse de LM, le légendaire Eagle, qui avait permis à Neil Armstrong et Buzz Aldrin de devenir des héros. Visible aussi l’ombre du socle. Imaginez que rien n’a bougé ici depuis 40 ans. Tout est là. La trace du premier pas et… moins réjouissant, les déchets, les bottes, les poches d’urine ! La résolution actuelle ne nous permet pas de contempler ces détails.

Apollo 11 - site alunissage

Pour Apollo 14, voir l’article précédent.

APOLLO 15

Ci dessous, découvrons l’étage de descente du module qui permit à Jim Irwin et Dave Scott de mener à bien la mission Apollo 15. Elle remonte à début août 1971. Ce fut la première mission équipée du célèbre rover lunaire. Ce rover permit aux astronautes de s’éloigner de leur module Falcon. Près de 28 km parcourus. L’image capturée par LRO permet de distinguer la partie basse du module Falcon, la partie haute du LM ayant permis aux deux astronautes de revenir en orbite lunaire. Une fois vidée de ses occupants, elle fut précipitée sur la Lune où elle s’écrasa (volontairement donc ) le 3 août 1971.

Apollo 15 - site alunissage

Apollo 16

Voici ci-dessous l’étage de descente du module lunaire Orion. Lors de l’alunissage du 21 avril 1972, il permit à John Young et Charlie Duke devenir respectivement les 9ème et 10ème hommes à marcher sur la Lune, lors d’une mission de trois jours dans la région montagneuse du cratère Descartes.

Apollo 16 - site alunissage

Apollo 17

Ce fut l’ultime mission humaine de la Nasa. A ce jour, le dernier contact de l’homme avec notre satellite. Le commandant Gene Cernan et le géologue Harrisson Schmitt y passèrent l’équivalent de trois jours terrestres du 11 au 14 décembre 1972. Sur la photo prise par LRO, on distingue très clairement l’étage inférieur du module lunaire “Challenger”.

Apollo 17 - site alunissage

Equipés d’un rover comme pour les deux missions précédentes, Gene Cernan et Harrison Schmitt effectuèrent trois sorties extravéhiculaires ( appelées aussi EVA) et parcoururent 30 km.

Avant de repartir, Ils dévoilèrent symboliquement une plaque sur la partie basse de Challenger, indiquant : ” Ici, l’homme mit fin à sa première exploration de la Lune, en décembre 1972. Puisse l’esprit pacifique de cette mission, être incarné par toute l’humanité “

Avant de remonter dans le LM et de devenir de ce fait le dernier homme à marcher sur la Lune, Gene Cernan gara son rover, et inscrivit à la main les initiales de sa fille dans la poussière lunaire.