Terre-Lune : les chinois tentent pour la première fois l’aller-retour

La Chine a lancé le 23 octobre 2014 une nouvelle sonde spatiale en direction de la Lune. L’engin a décollé de la base spatiale de Xichang dans la province du Sichuan (sud-ouest chinois ).

Pour la première fois, Pékin tente un aller-retour : faire atteindre à son engin ( Chang E 5 T-1)  l’orbite lunaire, et surtout le faire revenir sur Terre.

Le retour dans l’atmosphère devrait permettre un atterrissage en Mongolie Intérieure (nord chinois).

Capsule de retour sur Terre Chang E 5 T1 (crédit:CASC)

Capsule de retour sur Terre Chang E 5 T1 (crédit:CASC)

Objectif de l’opération : tester les technologies qui seront utilisées ensuite pour la véritable mission Chang E 5, prévue pour 2017. Il s’agira de ramener sur Terre des cailloux lunaires.

Cette mission fait suite à celle du « lapin de jade » (voir mes nombreux articles précédents ). Ce rover chinois s’était posé sur la Lune et avait commencé à y rouler, avant de rencontrer de sérieux problèmes mécaniques.

Les Chinois sont donc très actifs et ont toujours pour objectif de poser un homme sur la lune, près d’un demi-siècle après les Américains.

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Première nuit lunaire pour Chang E 3 et Yutu

2 semaines sur la Lune déjà pour le rover chinois Yutu ! 

Le surnommé « lapin de jade », vedette de la mission Chang E 3, s’est posé sur la lune le 14 décembre 2013 (voir post précédent) dans la mer des Pluies à une soixantaine de mètres seulement d’un « gros » cratère de 450 mètres de diamètre et de 40 mètres de profondeur.

(crédit NASA/GSFC/Arizona State Univ.)

(crédit NASA/GSFC/Arizona State Univ.)

Ci-dessus, la position de Chang E 3 par rapport au rover soviétique Lunkhod 1.

Yutu affronte depuis le 25 décembre sa première nuit lunaire (qui dure rappelons-le, 14 jours terrestres). Une véritable épreuve pour ce petit rover d’un mètre 50 qui doit supporter des températures de 180 degrés en dessous de zéro. Le « lapin » possède heureusement pour se réchauffer un petit radiateur nucléaire. Il verra le soleil se lever le 12 janvier, d’ici là, il faut supporter le choc. Et les ingénieurs chinois comptent sur un réveil réussi…

Avant de plonger dans la nuit lunaire, Yutu et son alunisseur ont pu être photographiés par la NASA. Précisément par l’œil « LROC » de la sonde américaine « LRO » Lunar Reconnaissance Orbiter. LRO est habituée à ce genre d’exercice, c’est grâce à elle que nous avons pu revoir les vestiges des missions Apollo (voir mes nombreux articles précédents). Cette fois-ci LRO a survolé le site de Chang E 3 à une altitude de 150 km. Ce qui a donné le cliché suivant.

(Crédit:NASA/GSFC/Arizona State Univ.)

(Crédit:NASA/GSFC/Arizona State Univ.)

La grosse flèche indique la position de l’alunisseur de la mission Chang E 3, et la petite la position du rover Yutu, qui a parcouru pour l’instant une quarantaine de mètres.

Lroc change3Ci dessus, les positions des cratères, par rapport au cliché. (Crédit:Di Lorenzo and Kremer)

Rendez-vous à la mi janvier pour le réveil du lapin de jade !

Un lapin à 6 roues attendu sur la Lune

Confirmation ce 26 novembre 2013 des autorités chinoises : Pékin va bien lancer dans quelques jours sa première sonde spatiale destinée à se poser sur la Lune.

Il s’agira d’un engin tout terrain à 6 roues –  sorte de Curiosity version lunaire et modèle réduit – doté de panneaux solaires, et surnommé « Lapin de jade ».

Lapin de jade

Tiens, un lapin ! ( vue d’artiste )

Ce rover  sera chargé d’effectuer des analyses scientifiques et d’envoyer vers la Terre des images en trois dimensions. D’un poids terrestre de 120 kilos, l’engin devrait alunir dans la baie des Arcs-en-ciel (Sinus Iridum), site choisi pour son côté « inexploré », et sa bonne localisation pour l’ensoleillement et la communication avec la Terre. Site situé sur la face visible, en gros en haut à gauche quand on regarde la lune dans le ciel, voici le zoom :

Baie des arcs en ciel - site d'alunissage prévu

Baie des arcs en ciel – site d’alunissage prévu

Le rover Chinois devrait rester opérationnel trois mois, et parvenir à se déplacer à une vitesse maximale de 200 mètres à l’heure.

Quel intérêt scientifique ? aucun ? peut-être pas tout de même !

En tout cas très limité. On l’a compris, la Chine vise la Lune depuis des années pour son image de nouvelle puissance spatiale. Elle est en compétition (avec l’Inde notamment ) pour devenir le premier pays d’Asie à poser un homme sur la Lune… qui dit prestige en tout cas, dit « petit nom » sympathique… le rover lunaire radioguidé a donc été baptisé « Lapin de Jade ».

Pourquoi « lapin de Jade » ?

Selon la légende chinoise, le lapin lunaire (ou lièvre de la lune) vit sur l’astre de nos nuits et y pile l’élixir d’immortalité dans son mortier… il a pour compagne Chang’E, célèbre déesse chinoise de la Lune. Cela nous ramène à l’ensemble des missions lunaires chinoises menées à ce jour : la sonde Chang E 1 lancée avec succès en octobre 2007,  puis Chang E 2 en octobre 2010 ( voyez plus bas dans ce blog, moult détails sur le sujet ! ) et maintenant Chang E 3, qui transporte précisément le « Lapin de jade », premier destiné à l’alunissage.

Rendez- vous donc dans quelques jours ( les Chinois entretiennent le mystère sur la date exacte) pour le lancement de Chang E 3. Ici-même.

Le 13ème homme sur la lune sera Chinois

On sait que les Chinois ont de grandes ambitions spatiales, et qu’ils sont même très bien placés pour être les prochains à fouler le sol sélène. Mais combien de temps Gene Cernan ( Apollo 17 – décembre 1972 ) restera-t-il encore le dernier homme sur la Lune ? à ce stade, nul ne le sait.

Ce que nous savons en revanche, c’est que les Chinois progressent dans la technologie spatiale avec une régularité qui les place en très bonne position pour la prochaine conquête : la presse officielle a ainsi annoncé la semaine dernière que Pékin possèderait bientôt un nouveau site ultra moderne de construction de fusées.

Selon le Global Times, 20 des 22 usines qui formeront « la plus importante base de design, de production et d’essais de fusées au monde » sont déjà terminées. C’est dans ce complexe de 200 hectares sité à Tianjin dans le nord-est de la Chine, que seront construites les fusées Longue Marche 4 et Longue Marche 5. L’objectif reste d’envoyer des hommes sur la Lune vers 2020.

( Ci-dessus: fusée Longue Marche 3A )

Pour mémoire, les fusées Longue Marche ont déjà un beau palmarès : elles ont permis à Pékin d’envoyer son premier homme dans l’espace en 2003. En septembre 2008, ce sont 3 Chinois qui sont partis à bord de Shenzou 7, propulsés là encore par une fusée Longue Marche. Cerise sur le gâteau lors de cette mission : une sortie dans l’espace.

Eh puis depuis octobre dernier, « Chang’e 2 », 2ème sonde lunaire chinoise, poursuit son travail orbital autour de notre voisine.

Enfin, Pékin voit rouge : la première sonde à destination de Mars devrait être lancée en octobre prochain, en collaboration avec les Russes.

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Que va donc faire le patron de la NASA en Chine ?

Charles Bolden, l’ex astronaute et actuel administrateur de l’agence spatiale américaine, est en visite officielle en Chine du 16 au 21 octobre 2010. Le principe de cette visite a été annoncé de longue date, précisément en novembre dernier à l’occasion de l’escapade chinoise de Barack Obama.

Charles Bolden( ci-contre, Charles Bolden à l’époque où il était astronaute – 4 vols à bord de Columbia et Discovery )

Washington et Pékin affichent timidement leur volonté de coopération sur les vols habités, et évidemment, ce séjour de Charles Bolden prend une tonalité toute particulière lorsque l’on sait que les Etats-Unis ont laissé tomber le programme Constellation de retour à la Lune alors que les Chinois – eux – viennent d’atteindre notre satellite pour la 2ème fois avec la sonde Chang E 2 ( voir mes posts précédents et j’espère suivants… )

Lors d’une visite au Japon voisin l’an dernier, Charles Bolden s’était déclaré «  tout à fait prêt à discuter avec les Chinois pour essayer d’en faire des partenaires dans les projets spatiaux » car c’est – avait-il dit – une « nation très capable ».

Sur le sol US en tout cas, cette sino-virée de Charles Bolden suscite des critiques, notamment dans les rangs Républicains. A l’image du Texan John Culberson qui estime que cette visite aurait dû être soumise à une autorisation du Congrès. En d’autres termes, on ne discute pas avec les communistes, sans que le Congrès Américain soit au courant de la nature et de l’étendue des discussions de coopération qui seront menées.

Les Américains verraient-ils d’un mauvais œil les ambitions lunaires de l’empire du milieu ?

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Chang’e 2 en route pour la Lune

Ce n’est pas tous les jours que l’on peut se féliciter d’une telle annonce :

ce vendredi 1er octobre 2010, un engin spatial est en route pour la Lune. Malgré l’annulation du programme américain Constellation, la reconquête peut se poursuivre et par extension… mon blog exister !

Merci donc à la Chine d’avoir lancé avec succès ce vendredi à 11h00 GMT ( 13h heure de Paris ) de la base de Xichang dans la province du Sichuan, sud-ouest du pays, une fusée Longue Marche 3C, embarquant la 2ème sonde lunaire chinoise Chang e 2.

( le décollage… )

Une fois de plus, nous regretterons la quasi-absence d’images : la télévision a montré Longue marche sur son pas de tir, juste avant le lancement, mais pas le décollage proprement dit. On a pu voir ensuite pendant quelques secondes la fusée s’élevant dans le ciel.

Ce n’est qu’après que des images supplémentaires nous sont parvenues, sans que l’on sache évidemment quel traitement elles ont subi. Voici en tout cas (ce-dessous) ce qu’a diffusé la chaîne CCTV 4.

Le contexte

Pas question pour les autorités chinoises d’oublier la dimension patriotique de l’évènement : le lancement a eu lieu le jour de la fête nationale, qui marque le 61ème anniversaire de la Fondation de la République Populaire de Chine par Mao Tsé-Toung (en 1949). Des spectateurs ont pu assister au lancement contre le paiement d’un ticket de 88 euros (800 yuans).

(ci – dessus, la sonde chang e 2, jumelle de chang e 1 )

La mission

Chang e 2 – du nom de la célèbrissime déesse chinoise dont nous avons déjà parlé dans ce blog – a pour mission de poursuivre le travail de la première sonde lunaire Chang e 1, à savoir un travail orbital de cartographie haute résolution et de diverses expériences ( pas d’alunissage en vue avant Chang e 3 ).

Chang e 2 a pour l’instant rejoint son orbite de transfert vers la Lune, qu’elle atteindra d’ici 5 jours. La sonde se placera en orbite à une centaine de km de notre sœur nocturne. Par la suite, son altitude orbitale sera abaissée à seulement 15 km, ce qui permettra forcément de réaliser de meilleures observations. La base spatiale annonce une résolution d’1 mètre 50 au sol, ce qui signifie que les Chinois eux aussi, pourront constater – en voyant les vestiges des missions Apollo – que les américains avaient bien conquis la Lune au siècle dernier. Les communistes confirmant de visu la victoire des américains… les négationnistes des missions humaines Apollo n’ont qu’à bien se tenir !

Notons que Chang e 2 rejoindra ainsi la sonde américaine superstar de la Nasa, j’ai nommé LRO ( Lunar Reconnaissance Orbiter ) toujours en orbite polaire, qui poursuit son extraordinaire travail de cartographie ( voir mes nombreux posts précédents ). DEUX sondes autour de la Lune ?! mais dites moi, c’est Versailles !

(ci dessous, la télé chinoise explique en anglais la mission Chang e 2.)

Rappelons en quelque mots  le calendrier des Chinois :

-Chang e 1 lancée en octobre 2007 a été un succès, elle s’est volontairement écrasée sur la  Lune en mars 2009.

         Chang e 2 lancée aujourd’hui doit poursuivre le travail de la première mission, en réalisant des vues plus précises.

         Chang e 3 prévue en 2012 ou 2013, est censée faire alunir un robot qui va analyser des échantillons.

         Vers 2017, retour d’échantillons.

         Vers 2020, envoi d’une mission humaine. ( ouais, ouais… )

Les Chinois seront-ils les prochains sur la Lune ?

Peut être bien, mais l’échéance de 2020 semble bien rapprochée. Néanmoins, ils avancent, doucement, mais sûrement. Rappelons que la Chine avait envoyé son premier homme dans l’espace en 2003, et qu’en septembre 2008, la mission Shenzhou 7 avait embarqué trois « taïkonautes »  en orbite terrestre, avec au menu une sortie extravéhiculaire. Ce n’est pas rien ( même si la technologie Russe y est pour beaucoup ). Tout cela n’est donc pas de la science fiction.

Un Chinois foulant la régolite. Nous n’en sommes pas là. Réjouissons-nous tout de même, de savoir que dans quelques jours, la Lune aura enfin de la visite : un petit colis orbital « made in China ».

                                      

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