Pour ses 10 ans sur Mars, Opportunity joue au petit poucet

Pour son 10ème anniversaire de présence sur Mars, le rover Opportunity refait parler de lui.

Souvenez-vous, c’était il y a pile 10 ans – le 25 janvier 2004 – Opportunity se posait sur la planète rouge, dans la région de Meridiani Planum, afin d’explorer les bords de plusieurs cratères et de rechercher des indices de la présence d’eau dans le passé martien.  3 semaines plus tard, son jumeau, le rover Spirit se posait lui aussi, avec succès, dans le cadre de cette double mission de la NASA.

10 ans après, Spirit a rendu l’âme  (il s’est éteint en 2009). En revanche, Opportunity continue de rouler, alors qu’à l’origine sa durée de survie était programmée à 90 jours !

Opportunity vue d'artiste

Opportunity vue d’artiste

Si l’on reparle d’Opportunity aujourd’hui, c’est pour cette incohérence apparue sur l’un des clichés envoyés par le rover le 8 janvier 2014 : une petite roche de la taille d’un poing et de couleur blanche est apparue à un endroit où elle ne se trouvait pas 12 jours plus tôt, alors que le rover est stationné sur l’un des bords du cratère Endeavour.

Cette roche ressemblant à un « donut à la confiture » selon l’expression poétique de Steve Squyres -le principal scientifique de la mission- est l’objet depuis de toutes les discussions. A tel point que les scientifiques lui ont donné un petit nom : elle s’appellera désormais « Pinnacle Island ».

Images avant-après. (crédit:Nasa-JPL/Caltech)

Images avant-après. (crédit:Nasa-JPL/Caltech)

D’où vient «Pinnacle Island » ? que s’est- il passé alors que le rover n’a pas bougé durant cet intervalle ?

Deux hypothèses :

1-      Le gros caillou a été déterré par une roue du robot et projeté à cet endroit.

2-      Le caillou a atterri juste devant Opportunity après avoir été projeté à la suite d’un impact de météorite sur la surface martienne.

C’est l’hypothèse N.1  qui paraît la plus crédible. ( Elle a d’ailleurs été confirmée par la NASA le 15 février 2014, ce caillou est un morceau de roche plus grande, brisée et déplacée par une roue d’Opportunity )

Ce qui est amusant par ailleurs, c’est que l’examen de « Pinnacle Island » a permis de déceler beaucoup de soufre et de fortes concentrations de manganèse et de magnésium : une composition inhabituelle et différente ce qui a été observé jusqu’à présent.  L’explication la plus probable : la roche a sans doute été retournée lors de son déplacement, lui faisant exposer la face qui n’a pas été en contact avec l’air martien depuis des dizaines, des centaines, des milliers, peut-être des millions d’années. Car Mars reste à ce jour, rappelons-le, un paysage essentiellement immobile.

Manifestement, il n’y a rien de surnaturel ou d’extraterrestre dans la présence de cette roche, mais l’évènement est accueilli avec enthousiasme par les scientifiques,  et avec excitation par les journalistes qui peuvent enfin utiliser cette formule : « Découverte mystérieuse sur Mars » !

Une formule qui ouvre la porte à toutes les interprétations.

Pour le plaisir, voici ci-dessous, une superbe photo prise par Opportunity en juillet 2007 lors de son périple martien. Le rover était alors au bord du cratère Victoria. Fascinant !

Cratère Victoria-Mars-2007 (crédit:Nasa)

Cratère Victoria-Mars-2007 (crédit:Nasa)

Le réveil de Rosetta, la Cendrillon européenne

Dans l’espace, il n’y a pas que des engins américains et chinois ! Ce lundi 20 janvier 2014 est un jour important dans l’histoire de la conquête spatiale européenne : la sonde Rosetta, sonde de l’ESA (agence spatiale européenne), lancée en 2004 par une fusée Ariane 5 pour partir à la rencontre d’une comète, s’est réveillée comme prévu et a  commencé à se préparer à sa sensationnelle mission. Rosetta, qui a déjà parcouru 7 milliards de km autour du soleil,  était en sommeil depuis plus de 2 ans et demi…

Rosetta

Rosetta

Debout là-dedans !!!

Rosetta, gros engin de 12 mètres cube et 3 tonnes terrestres a commencé par déployer ce lundi ses deux immenses panneaux solaires de 14 mètres chacun.  Il lui a fallu d’abord rassembler suffisamment d’énergie pour pouvoir rétablir sa communication avec la Terre, distante actuellement de 800 millions de km.  Ce qui a nécessité plus de 8 heures, le temps de la réactivation de l’ensemble des systèmes à bord, et de l’envoi d’un premier signe de vie à la terre. Après 45 minutes de voyage spatial, le premier signe de Rosetta est parvenu aux antennes de la NASA à Goldstone aux Etats-Unis à 19h18 ce lundi heure française. Il a été confirmé dans la foulée par le Centre européen d’opérations spatiales de l’ESA de Darmstadt en Allemagne.

Le réveil de Rosetta marque le début d’une mission extraordinaire, jamais tentée auparavant : la sonde va aller à la rencontre d’une comète l’été prochain. Des boules de glace et de poussière présentées comme des « capsules témoins » de la naissance du système solaire, selon l’expression de Mark McCaughrean, l’un des responsable de l’exploration spatiale à l’ESA.

Rosetta vise la comète 67P/TG

La comète choisie  s’appelle 67P/Tchourioumov-Guérassimenko. Elle a 4km de diamètre. Pourquoi elle plutôt qu’une autre ? eh bien parce qu’elle a vécu des milliards d’années dans l’espace profond, qu’elle a été peu dégradée par les rayons solaires et que son témoignage sur l’univers pourrait être très lisible.

en fin d’année, en novembre 2014 précisément, Rosetta va même pousser l’exercice jusqu’à larguer un module bourré d’instruments scientifiques (21 au total) qui ira se poser sur la comète. Le module de près une centaine de kilos terrestres et est baptisé Philae. Si la mission réussit, il pourrait nous fournir les premières images au contact d’une comète.  Les scientifiques espèrent  recueillir de précieuses données sur notre système solaire… et peut-être même sur l’origine de la vie. Le réveil de Philae en vue de son atterrissage est prévu à partir du 28 mars 2014.

Rosetta, et son module Philea posé sur la comète (délire d'artiste)

Rosetta, et son module Philea posé sur la comète (délire d’artiste)

Terminons avec cette info bien terre à terre  : ce programme scientifique exceptionnel représente un coût d’environ 1 milliard d’euros.

Première nuit lunaire pour Chang E 3 et Yutu

2 semaines sur la Lune déjà pour le rover chinois Yutu ! 

Le surnommé « lapin de jade », vedette de la mission Chang E 3, s’est posé sur la lune le 14 décembre 2013 (voir post précédent) dans la mer des Pluies à une soixantaine de mètres seulement d’un « gros » cratère de 450 mètres de diamètre et de 40 mètres de profondeur.

(crédit NASA/GSFC/Arizona State Univ.)

(crédit NASA/GSFC/Arizona State Univ.)

Ci-dessus, la position de Chang E 3 par rapport au rover soviétique Lunkhod 1.

Yutu affronte depuis le 25 décembre sa première nuit lunaire (qui dure rappelons-le, 14 jours terrestres). Une véritable épreuve pour ce petit rover d’un mètre 50 qui doit supporter des températures de 180 degrés en dessous de zéro. Le « lapin » possède heureusement pour se réchauffer un petit radiateur nucléaire. Il verra le soleil se lever le 12 janvier, d’ici là, il faut supporter le choc. Et les ingénieurs chinois comptent sur un réveil réussi…

Avant de plonger dans la nuit lunaire, Yutu et son alunisseur ont pu être photographiés par la NASA. Précisément par l’œil « LROC » de la sonde américaine « LRO » Lunar Reconnaissance Orbiter. LRO est habituée à ce genre d’exercice, c’est grâce à elle que nous avons pu revoir les vestiges des missions Apollo (voir mes nombreux articles précédents). Cette fois-ci LRO a survolé le site de Chang E 3 à une altitude de 150 km. Ce qui a donné le cliché suivant.

(Crédit:NASA/GSFC/Arizona State Univ.)

(Crédit:NASA/GSFC/Arizona State Univ.)

La grosse flèche indique la position de l’alunisseur de la mission Chang E 3, et la petite la position du rover Yutu, qui a parcouru pour l’instant une quarantaine de mètres.

Lroc change3Ci dessus, les positions des cratères, par rapport au cliché. (Crédit:Di Lorenzo and Kremer)

Rendez-vous à la mi janvier pour le réveil du lapin de jade !