La constellation du chômage

L’administration de Barack Obama a donc abandonné la reconquête de la lune, nous en avons longuement parlé ici, pas la peine d’y revenir. Malgré les réticences et la nostalgie, tout cela est donc ter-mi-né, les américains n’y retourneront pas, on tourne la page. Allez hop, c’est fini !

… mais en terme d’emploi, l’abandon du programme Constellation initié par George Bush junior fait quand même grincer des dents…  je ne parviens pas à m’empêcher de faire le calcul. Juste pour voir… évidemment, ne tenons pas compte des quelques milliards de dollars investis en pure perte dans ce programme spatial ambitieux… ( ainsi, dans ce blog, faites donc marche arrière et revivez notamment le lancement d’Ares 1X…  )

L’abandon du programme Constellation donc, c’est la perte – sur le plan humain – d’environ 7 000 emplois dans l’Etat américain de Floride. Ajoutons y la perte potentielle de 7 000 postes au Johnson Space Center dans l’Etat du Texas, et d’environ 2500 emplois au Marshall Space Flight Center en Alabama.

Spaceflight center houston

( Manned Spaceflight Center de Houston au Texas, à la grande époque, en 1965 )

En contrepartie il y aura forcément création de postes avec le développement du recours aux entreprises privées pour renvoyer à terme des américains dans l’espace. Cela peut être estimé selon les analystes, à la création au mieux d’environ 1200 emplois directs.

Faisons donc ce calcul, un peu grossier, certes, mais qui pourra nous donner une idée :

 7 000 + 7000 + 2500 = 16500 emplois perdus 

16 500 –  1200 emplois créés  = 15300

L’abandon de la lune coûtera plus de 15 000 emplois aux Etats-Unis.

En pensant à ces travailleurs de l’espace, j’en viens à espérer que mon calcul soit faux. Et que mes idées soient courtes.

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Les signes du temps.

Sur la Lune, tous les vestiges des missions Apollo sont intacts. 40 ans après, rien n’a bougé, les atterrisseurs bien sûr, les trois rovers, le matériel scientifique, les poches d’urine des astronautes, leurs bottes et les innombrables autres déchets… même les traces de pas restent bien visibles… LRO a eu l’occasion de nous le prouver très récemment : tout se voit.

(Miroir réfléchissant, destiné à mesurer la distance Terre-Lune)

Tout se voit, rien ne bouge, mais tout se dégrade lentement…comme nous l’annonce l’excellente revue Ciel et Espace du mois d’avril 2010, les trois réseaux de miroirs placés sur la lune par les missions Apollo 11, 14 et 15 sont dans un sale état. Selon une équipe américaine qui utilise ces miroirs pour mesurer la distance Terre Lune par tir laser, leur pouvoir réfléchissant, est 10 fois moindre qu’il y a 40 ans, voire 100 fois moindre lorsque la lune est pleine. Les responsables ont été identifiés : il s’agirait principalement des altérations dues à la poussière lunaire et aux impacts de micrométéorites. « Ciel et Espace » explique que la poussière absorbe la lumière solaire, et que du coup la poussière qui s’est déposée sur les miroirs les chauffe et provoque leur déformation… même sur la lune, avec le temps, tout fout l’camp…

On a retrouvé LUNOKHOD 2 !

Une fois de plus, on peut dire merci à la sonde américaine LRO. Lunar Reconnaissance Orbiter continue de réaliser un travail de cartographie inédit et exceptionnel de l’astre de nos nuits. Après avoir redécouvert les sites d’alunissage des missions Apollo, LROC ( la caméra de LRO ) a retrouvé la trace de l’un des deux rovers automatiques soviétiques, lancés à l’époque de la course à la Lune.

Il s’agit de Lunokhod 2, ( ci-dessous )  lancé en août 1973 à bord de Luna 21.

Lunokhod 2

Lunokhod 2, se nourrissant à la fois d’énergie solaire et nucléaire, parcourut un total de 37 km sur la surface de la mer de la Sérénité,     ( record tous rovers lunaires confondus )  pendant près de 5 mois, renvoyant sur Terre 80 000 photos et 86 panoramas. Outre prendre des photos, le rover soviétique a effectué des mesures de champ magnétique. Il roulait pendant le jour lunaire, et se mettait en « hibernation » pendant les longues nuits sélènes, survivant grâce à son cœur nucléaire.   Une mission qui devait s’arrêter subitement, Lunokhod 2 glissant accidentellement dans un cratère, sans pouvoir en ressortir.  Il n’a plus bougé depuis.

Lunokhod 2 par LRO

Pour la petite histoire, Lunokhod-2 n’appartient plus aux Russes. Il a été vendu aux enchères chez Sotheby’s au début des années 90. L’acheteur est Richard Garriott, un milliardaire développeur de jeux vidéo. Richard Garriott est allé dans l’espace en tant que touriste. Il a visité la station spatiale internationale en 2008 dans le cadre d’une mission Soyouz . Il est aussi le fils d’un astronaute américain Owen Garriott, qui orbita à bord de SkyLab dans les années 70 et vola ensuite à bord de la navette Columbia.

S’il est propriétaire de Lunokhod 2 qu’il peut désormais voir pour la première fois sur l’image ci-dessus, Richard Garriott devra encore attendre pour pouvoir  récupérer son achat !

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Que d’eau ! Que de larmes !

L’an dernier, la fantastique mais bien réelle sonde américaine LRO aidée de son impacteur L-Cross permirent à la NASA de démontrer de façon fiable, la présence d’eau gelée « en grande quantité » sur la Lune. C’est un cratère du pôle sud qui était visé. Avec succès.

Et au pôle nord, alors ?

D’autres observations, menées cette fois  par le satellite indien Chandrayaan-1, permettent désormais de confirmer et d’appuyer la découverte de L-Cross. Même si Chandrayaan-1 est inactif depuis août 2009 ( mais toujours en orbite lunaire ), ce sont les données antérieures à cette date qui ont permis aux scientifiques de démontrer la présence d’eau :  un radar baptisé Mini-SAR, construit par la Nasa, mais embarqué sur la sonde Chandrayaan-1, a  réalisé l’an dernier la cartographie des cratères polaires, tous ceux qui sont invisibles de la Terre car plongés en permanence dans l’obscurité. La technique de la polarisation des ondes radio a permis d’enfin les « voir ».

Le radar Mini-Sar  a ainsi repéré au pôle nord lunaire cette fois, plus d’une quarantaine de petits cratères, d’une taille d’1,6 à 15 kilomètres de diamètre, tous remplis de glace !

Les experts estiment qu’il pourrait y avoir là… plus de 600 millions de mètres cubes d’eau gelée… de l’eau estimée pure à 90 pour cent, nous précise Paul Spudis, chef de projet de l’expérience Mini-SAR à l’Institut lunaire et planétaire de Houston au Texas. Les données concernant l’autre pôle – le pôle sud – sont toujours en cours d’analyse, mais à la lumière de ce qu’a découvert L-Cross, on s’attend à une confirmation de présence massive d’eau gelée.

Mini SAR

( les cratères “glacés” sont marqués en rouge ci-dessus )

La lune sèche, ne l’est donc plus du tout. Cette découverte, ou plutôt sa confirmation, réveille nos espoirs de reconquête voire de colonisation. De l’eau pour boire, mais aussi pour produire de l’oxygène ou du carburant. Tous les espoirs de retour sont permis, et voilà que les américains ne sont plus de la partie… quelle ironie du sort… quelle douche froide !

Une conférence consacrée à l’espace sera organisée le 15 avril prochain en Floride, a annoncé la Maison Blanche. Le président Barack Obama y exposera  sa vision de l’avenir des vols habités, après l’annulation du programme Constellation. Que va-t-il penser de ce que les scientifiques lui apprennent aujourd’hui ? Comment pourra t il envisager de laisser les pays émergents aller décrocher la Lune, avec toute l’eau nécessaire pour s’y installer ?  Des preuves d’eau qui se multiplient comme autant de larmes d’une Lune inconsolable d’être ainsi abandonnée.

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