Où aller ? à la Nasa… on ne sait plus.

Décevant et vide de tout objectif.

C’est en ces termes que des sénateurs américains – à la fois républicains et démocrates – ont critiqué hier le nouveau programme d’exploration spatiale de Barack Obama. Programme qui tire un trait sur la reconquête de la lune, annonce la mise à la retraite de la navette spatiale, et entend promouvoir le développement du secteur privé pour construire les fusées de demain. Programme qui alloue une enveloppe annuelle de 19 milliards de dollars à la Nasa, à savoir 0,5 pour cent du budget total des Etats-Unis d’Amérique.

Le sénateur républicain de Floride George LeMieux est notamment monté au créneau, lors d’une audition du patron de l’agence spatiale américaine devant une sous-commission sénatoriale,  pour exprimer sa déception et celle de ses collègues face à ce budget et face à l’absence d’ambition Fédérale en la matière.  Une déception partagée notamment par le démocrate Bill Nelson, président de la sous-commission pour la science et l’espace au Sénat.

Au-delà de la question de l’argent, ces hommes politiques dénoncent un programme spatial dans lequels ils ne voient aucun objectif, ce qui fait même dire au sénateur républicain de Louisiane David Vitter qu’ « allouer des ressources à un programme spatial sans vision » est tout simplement une perte de temps.

Mars objectif Mars ?

Barack Obama trouve quand même des défenseurs, à l’image de Charles Bolden, ancien astronaute, qui estime que l’objectif ultime de la Nasa reste d’atteindre Mars. Pour cela, il faut développer de nouvelles technologies, et même avec des ressources illimitées assure-t-il, il serait impossible d’envoyer un homme sur la planète rouge en 10 ans, car il y a encore trop d’éléments que nous ignorons, et qu’atteindre Mars sera beaucoup plus difficile que ne le fut la conquête de la lune…

la lune dont on ne parle plus, désormais…

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« Lune » en Chinois se dit 月亮 (Yuèliàng)

Donc. C’est fini.
Les américains ne retourneront pas sur la Lune si le projet de budget des Etats-Unis pour 2011 est approuvé.

Qui, alors ?

La Chine, très probablement.

Les responsables Chinois n’ont absolument pas réagi à l’abandon du projet lunaire américain. Quelques experts ont émis quelques commentaires, à l’image de Fu Song, de l’Ecole aérospatiale de l’université Tsinghua de Pékin :  « on ne peut pas dire – estime-t-il – que la décision américaine avantage la Chine, et encore moins que la Chine rattrape les Etats-Unis.»

Pékin reste en effet très loin des Américains. Derrière en terme de technologie, mais aussi en terme de présence dans l’espace. Les Etats-Unis même s’ils sont budgétairement dans l’impasse, collectionnent les satellites, alors que les Chinois n’en possèdent qu’une poignée.

Les Chinois se sont lancés dans leur premier programme spatial habité en 1992, en adaptant une technologie Russe. Ce n’est qu’en 2003 qu’ils ont envoyé le premier Chinois dans l’espace, devenant tout de même la 3ème puissance à le faire après les Russes et les Américains.

( Chang’e1 – vue d’artiste)

Depuis les Chinois avancent tranquillement dans leur programme spatial. Ils visent la Lune. Avec déjà un succès, l’envoi en orbite lunaire de la sonde Chang’e 1, qui a mené une mission orbitale de 16 mois avant de s’écraser sur le sol sélène le 1er mars 2009, il y a tout juste un an. Chang’e 2 devrait suivre prochainement ( voir plus bas dans ce blog ).  Pour l’envoi d’un Chinois sur la Lune, les ingénieurs évoquent l’horizon 2020, mais aucune date précise n’est arrêtée. Nous ne sommes plus du tout dans une période de course à la Lune, et les Chinois le savent bien. Ils doivent avancer prudemment, sûrement, tout en maîtrisant leurs dépenses. Le calendrier n’est pas une priorité. En revanche,  l’expertise technique est au centre de leurs préoccupations : il ne faut pas commettre d’erreur, c’est une question de prestige national. Car c’est bien cela qui intéresse le plus le Parti Communiste Chinois.

Si les Japonais ou les Indiens ne le font pas avant, un jour prochain toutefois, les Chinois atteindront l’astre de nos nuits. Et y poseront le pied comme le fit Neil Armstrong au siècle dernier. Un premier pas qui contrairement à ce que nous connaissons en Europe, n’est pas ancré dans l’imaginaire Chinois, nous dit Isabelle Sourbès-Verger, chargée de recherche au CNRS, et spécialiste du programme spatial Chinois.

Ce qui laisse penser que le jour où un Chinois posera le pied, nous connaitrons en Asie un enthousiasme similaire à celui qui marqua à jamais l’histoire de l’humanité, un 21 juillet 1969.

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La gueule de bois…

Comment se relancer dans l’écriture d’un blog, après un coup de massue, une information qui quasiment, retire à votre page sa raison d’être ? Le programme Constellation est annulé : comprenez, les américains, seuls capables réellement de renvoyer l’homme sur la Lune, ont tout simplement renoncé. Dois-je fermer cette page ? Peut-être, mais je n’en ai pas l’envie.

L’envie fait que l’on résiste.

Gus A. Muldoon, conseiller scientifique au British Columbia Space Institute, est sonné :

“Février 2010. Le programme Constellation est annulé. Peut-on en vouloir à Barack Obama ?

Non, évidemment. Le locataire de la maison blanche accomplit son travail, et à sa place, aurions nous osé envisager les évènements autrement ? l’époque n’est plus à la course à la Lune, et celle-ci n’a plus d’intérêt car d’une part elle a déjà été conquise, et d’autre part elle n’a aucune valeur marchande à court terme.

Alors, pourquoi vouloir la Lune ? ce n’est qu’un caprice. Une nostalgie. Celle de vouloir revivre la conquête qui nous a échappé, car nous étions trop jeunes, nous n’étions pas nés. Nous n’étions pas réceptifs.
Non.

La Lune nous échappe comme le rêve nous fuit. Nous vivons dans un monde où l’imaginaire n’a plus sa place. Nous ne sommes pas les enfants de la guerre mais ceux des illusions perdues, du sida, du cancer, du Concorde qui s’écrase, du 11 septembre 2001.

Oui, je suis triste du renoncement américain de reconquérir la Lune. Oui, j’en veux au fond de moi au 44ème Président des Etats-Unis de ne pas avoir donné une dimension onirique à son mandat. Non, je ne le condamnerai pas car finalement, je le comprends.

Comment pouvons-nous justifier la conquête spatiale face à la misère du monde ?

Je suis incapable de répondre à cette question.

Tout ce que je sais, c’est que nous, qui n’avons pas de couteau sous la gorge, devrions pouvoir surmonter nos déceptions. Je suis déçu de réaliser que de mon vivant, personne ne reposera le pied sur la Lune, mais, cela a-t-il réellement une importance. Cela a-t-il réellement un sens ?

Je voudrais dire ici à quel point j’aurais préféré davantage d’harmonie terrestre.”

Gus A. Muldoon

British Columbia Space Institute – Cache Creek ( B.C. – Canada ) – février 2010

Les américains ont perdu la Lune.

Le rover lunaire de Gene Cernan et de Jack Schmitt garé depuis 1972 à Taurus Littrow ( voir le post plus bas ) restera manifestement en stationnement abusif pendant encore quelques dizaines d’années : figurez vous que le président des Etats-Unis Barack Obama s’est penché sur le budget de son pays pour 2011. Il table sur une solide reprise économique et sur une augmentation de 19 pour cent des recettes fiscales, contribuant selon ses espérances à commencer à réduire le déficit des Etats-Unis. La priorité annoncée est la lutte contre le chômage et, dans une volonté d’économie, les dépenses ont été analysées ligne par ligne.

Parfois, il a fallu trancher.

En matière de conquête spatiale, c’est bien le mot « trancher » qui convient puisque le chef de la Maison Blanche a décidé de décapiter Constellation. Programme censé emmener des hommes sur la Lune à l’horizon 2020.

programme Constellation

( Le programme Constellation de retour des américains sur la Lune )

Barack Obama s’est appuyé sur le rapport d’experts indépendants présidé par Norman Augustine, qui a été remis l’an dernier à la Maison Blanche.

En quelques mots :

– le développement des fusées Ares 1 et à fortiori Ares 5 passe à la trappe.

– Le module Orion ne verra pas le jour, l’alunisseur Altaïr n’en parlons pas !

Bref : le programme Constellation est mort ( si ce n’est LRO en orbite autour de la Lune, et désormais seul pour l’éternité ! )

9 milliards de dollars ont quand même été dépensés, dont 3,5 milliards sur Ares 1 et 3,7 milliards sur Orion.

(ci dessous, grande maquette de ce que devait être le module Orion )

maquette Orion

– La mise à la retraite de la navette spatiale est confirmée, elle interviendra fin 2010 ou début 2011, sans vol supplémentaire. Il reste à ce jour 5 vols au programme, le prochain dans quelques jours.

– La station spatiale internationale, l’ISS,  est prolongée jusqu’en 2020.

– Le gouvernement américain va proposer d’augmenter le budget de la Nasa de près de 6 milliards de dollars sur 5 ans, notamment afin d’encourager le développement de lanceurs commerciaux  capables d’assurer le transport des hommes et du fret vers l’ISS.

– L’objectif est par ailleurs d’intensifier la coopération internationale. Qui dit coopération internationale, dit réduction des coûts.

Le programme Constellation à la trappe. Oui.

Mais Barack Obama doit s’attendre à une levée de boucliers du Congrès. Certains élus voient d’un très mauvais oeil la fin d’un programme dont dépendent de nombreux emplois à travers les Etats-Unis.

Pour l’ancien patron de l’agence spatiale américaine Michael Griffin, l’un des concepteurs de Constellation, l’abandon de ce programme revient à renoncer au leadership des américains dans la conquête de l’espace.

La Lune peut maintenant devenir Chinoise, Japonaise, ou Indienne.

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