LROC zoome sur les vestiges des missions Apollo

LROC, l’oeil de la sonde américaine Lunar Reconnaissance Orbiter (LRO), en orbite polaire autour de la Lune depuis juin 2009, n’a pas fini de nous étonner. Avec sa vue exceptionnelle, LRO survole les montagnes et mers sélènes à seulement 50 km d’altitude et nous permet de voir sur la surface ce que personne n’a vu auparavant.

Depuis l’été dernier, les sites d’alunissage des missions Apollo nous sont apparus avec moult détails. Pour la première fois depuis 40 ans. La sonde fait si bien son boulot que la NASA n’exclut pas de prolonger la mission de LRO pendant plusieurs années.

Voici les toutes dernières photos, encore plus précises que les précédentes, diffusées par l’agence spatiale américaine.

A commencer par le site d’alunissage légendaire d’Apollo 11, et les deux heures et demi de marche lunaire d’Armstrong et Aldrin. Le cliché-ci dessous a été pris par LROC le 1er octobre 2009. Pour tout habitué des missions lunaires, il est troublant de clarté.

Le module de descente de l’Eagle est clairement identifiable tout comme les traces de pas d’Armstrong et d’Aldrin lors de leur unique marche lunaire. Ci-dessous, la partie basse du module lunaire grossie au maximum.

On continue ci-dessous avec les traces de pas de Pete Conrad et d’Alan Bean lors de la mission Apollo 12, fin 1969. Cliché réalisé le 5 octobre 2009, juste avant le 40ème anniversaire de cet alunissage.

Au centre de la photo, la partie basse d’Intrepid, le module lunaire d’Apollo 12.

Les éléments visibles en haut à gauche (au bout des traces de pas) sont divers matériels expérimentaux, appelés ALSEP pour “Apollo Lunar Surface Experiments Package”.

En bas a droite le point noir est identifié comme étant Surveyor 3, sonde qui s’était posée deux ans plus tôt sur la Lune et que les astronautes ont pu visiter lors de Apollo12 - Surveyorcette mission (photo d’époque ci contre pour plus de compréhension, Pete Conrad et Surveyor 3, Intrepid est au fond ).

On appréciera la précision avec laquelle ce 2ème alunissage habité a été mené à l’époque, vraiment à proximité de Surveyor 3.

Si  Apollo 11 résume souvent à lui seul la fantastique course à la Lune, c’est bien l’ensemble de ce programme qui a été exceptionnel.

La sonde LRO a été très productive le 1er octobre dernier puisqu’elle a aussi pris en photo les vestiges de la mission Apollo 17 à Taurus Littrow. Gene Cernan et Harisson Schmitt y avaient séjourné pendant trois jours terrestres en décembre 1972, devenant les derniers hommes à marcher sur notre satellite.

Apollo 17

On remarquera ci dessus les traces laissées par leurs pas et surtout par le rover qui leur a permis de s’éloigner de leur module Challenger, visible au centre. Apollo 17

Activité intense puisque cette mission exceptionnelle a donné lieu à trois sorties extravéhiculaires. Ci-contre un petit coup de zoom sur le socle de Challenger, on distingue en haut du Lem (flèche Flag)  l’un des 6 drapeaux américains restés sur la Lune. Un rituel auquel aucune mission habitée n’a échappé en cette période de guerre froide et de course fiévreuse à l’espace. Mais ils sont quand même venus ici au nom de toute l’humanité…

Si cette mission ultime vous intéresse, je vous conseille de lire le bouquin de Gene Cernan

“The last man on the moon”, malheureusement non traduit en Français. Les souvenirs du commandant Cernan, dernier homme à avoir foulé le sol lunaire, sont parfois très émouvants. L’homme reste très marqué par son exceptionnelle aventure. On le serait pour moins !

LRV-3 stationnement final

Pour le plaisir, voici ci-dessus la photo d’époque ( décembre 1972 ) du rover lunaire (nom officiel LRV-3), lorsque Gene Cernan l’a “garé” sur sa place de stationnement définitive avant de quitter la Lune. Imaginez que le Rover n’a pas bougé d’un poil.

Il est là-haut. Garé comme ça. Prêt à repartir. Mais en stationnement abusif… manifestement…

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2009 : l’année de la découverte de l’eau sur la Lune.

Benjamin Bova, dit « Ben Bova », est un écrivain américain de science-fiction qui vit à Naples. Cet ancien journaliste, qui fut aussi un scientifique, est présenté comme un visionnaire : Il avait prédit la course à la Lune dans les années 60. On lui doit plus d’une centaine de livres, des romans et des nouvelles, évoquant notamment la conquête de Mars. Certains de ses romans ont été traduits en Français.

( Ben Bova )

Si je vous parle de Ben Bova aujourd’hui, c’est qu’il vient de publier en ligne un article très intéressant dans lequel il évoque l’avenir de la Lune. Précisément, l’année 2009 vue par nos descendants dans plusieurs siècles: les civilisations futures saluant la découverte cette année-là, d’eau lunaire. La notion d’anticipation y prend toute sa dimension, et c’est un beau texte pour tous ceux qui s’intéressent encore à la conquête de notre illustre voisine. Vous pouvez lire son post en anglais ici, ou bien préférer ma traduction intégrale, ci-dessous.

« Dans plusieurs centaines d’années, quand les historiens décriront l’année 2009, que retiendront-ils ?  Je ne pense pas que ce sera les changements politiques ou sociaux, la peste ou les styles artistiques. L’évènement le plus important de 2009 est bien la confirmation de la présence d’eau en grande quantité sur la Lune. Vous ne partagez pas mon point de vue ? Laissez-moi vous conter brièvement la centaine d’années à venir :

Vers le milieu du 21ème siècle, le Japon a mis sur orbite un satellite à énergie solaire. Transformant en permanence la chaleur du soleil en électricité, et fournissant une énergie propre à la planète Terre, le premier « Sunsat » a montré qu’il était plus facile de produire de l’énergie venant de l’espace que de s’approvisionner en hydrocarbures dans les pays du Moyen-Orient. Dans le même temps, les travaux de recherche industrielle réalisés au sein de la Station Spatiale Internationale et dans d’autres laboratoires en orbite ont montré que de nouveaux alliages de métaux, des composants électroniques, des médicaments, et divers produits à forte valeur ajoutée pouvaient être produits en orbite. En l’absence de gravité, les expériences chimiques sont devenues beaucoup plus efficaces. Des produits d’une très grande pureté ont pu être conçus dans le vide de l’espace, libérés de toute contamination potentielle. Par ailleurs, l’énergie pour ces opérations venait directement du soleil, sous forme de chaleur, ou en générant de l’électricité à partir de panneaux solaires.

En raison du coût élevé de l’expédition des matières premières vers l’espace, la rentabilité de tels produits ne pouvait pas être assurée auparavant. Des entrepreneurs-pionniers ont réalisé que la plupart des matières premières nécessaires pouvaient être extraites sur la Lune et transportées dans des usines orbitales à seulement un vingtième du coût d’un lancement de la Terre. La Lune devenant le lieu privilégié de la production spatiale puisque l’exploitation de son sol devenait possible dans cet univers hostile.

La lune sur la mer Baltique

La faible pesanteur lunaire ( un sixième de celle de la Terre ) et l’absence d’atmosphère ont permis de lancer des charges dans l’espace avec des propulseurs électriques, bien plus efficaces que les fusées. L’électricité nécessaire provenait, bien sûr, des grandes fermes à énergie solaire installées sur la surface poussiéreuse de la Lune. La présence d’eau lunaire a rendu bien plus facile l’installation d’infrastructures permanentes sur son sol. La production en orbite est devenue rentable. A terme, des usines seront établies directement sur la Lune.

Vers la fin du 21ème siècle, il y avait suffisamment de personnes travaillant dans l’espace et sur la Lune pour la création de lieux de vie spatiaux permanents. Une fois de plus, l’eau lunaire était une ressource inestimable. Vivre et travailler dans l’espace exigeait des capacités élevées de recyclage de l’air, de l’eau et des autres ressources nécessaires à la vie. Par exemple, l’eau utilisée par les hommes et les machines dans l’espace n’était pas jetée après utilisation ; elle était soigneusement recyclée. Des systèmes de recyclage mis au point pour les habitats lunaires et orbitaux ont été adaptés pour l’utilisation terrestre, contribuant à rendre la Terre des hommes plus propre et plus verte.

Inévitablement, des habitats permanents ont été développés en orbite, et sur la Lune. Les retraités ont été parmi les premiers résidents permanents de l’espace. Ils trouvaient les environnements en faible gravité beaucoup plus confortables comparés à la pesanteur terrestre. Les logements orbitaux devinrent au fil du temps, des villes de l’espace. La population vivant en permanence hors de la Terre a augmenté lentement, mais sûrement.

Pendant ce temps, la recherche de ressources naturelles s’étendit du voisinage de la Terre à la ceinture d’astéroïdes, où des millions de petits morceaux de roche et de glace flottent dans l’espace, entre les orbites de Mars et de Jupiter. Avec des vaisseaux propulsés par des moteurs à hydrogène, l’exploitation minière des astéroïdes commença à remplacer l’exploitation terrestre. L’humanité n’avait plus besoin d’exploiter les métaux et minéraux terrestres, les ressources venaient de l’espace, où elles sont mille fois plus abondantes que sur Terre. Grâce aux ressources énergétiques et aux matières premières spatiales, l’exploitation et la production se sont déplacées hors de la Terre, permettant à notre monde d’être utilisé comme une zone propre et résidentielle. La plupart des habitants restèrent sur Terre, mais une petite minorité travaillant dans l’espace a changé à jamais la civilisation humaine.

Tous ces progrès à venir, auront pour origine la présence d’eau sur la Lune. C’est pour cela que l’histoire humaine se souviendra de l’année 2009 pour les siècles à venir.

Ben Bova – post du 2 janvier 2010 sur Naplesnews.com – traduction A.K.

( pour ceux qui sont séduits, le site de Ben Bova est ici )

Crash LCROSS

( L’expérience du double crash:  ci-dessus, le cratère Cabeus dans lequel la Nasa précipita volontairement le 9 octobre 2009 un étage de fusée Centaur, suivi d’une sonde. Cette sonde L-Cross permit aux ingénieurs de découvrir des quantités importantes d’eau gelée. )

contact A.K.

En 2010, la Lune semble s’éloigner encore un peu plus.

Si, si… je vous l’assure, quoi qu’en disent les révisionnistes de la conquête spatiale, l’homme a bien marché sur la Lune dans les années 60 et 70. Ce qui est vrai aussi, c’est que chaque année désormais, l’homme semble s’en éloigner un peu plus.

En ce début d’année 2010, le projet Constellation de reconquête de la Lune de la NASA est au point mort, pour ne pas dire au placard. L’agence spatiale américaine n’arrive pas à décrocher les crédits nécessaires, auprès d’une administration Obama qui a bien d’autres priorités en cette période de crise économique.

Et la NASA contrainte de réduire ses ambitions, fait désormais ses provisions de projets de conquête spatiale au rayon de l’ultra-discount.

Dans un communiqué publié le 29 décembre 2009, l’agence américaine détaille 3 projets de mission low cost, dont la facture totale ne devra pas dépasser les 650 millions de dollars. Et quand on n’y met pas le prix, comment dire… la « part du rêve » en prend un coup, et a parfois un goût de déjà vu :

1/ L’un de ces projets au rabais vise tout de même la Lune : aller chercher des échantillons de roche au pôle sud sélène, et les étudier car ils permettraient de donner des indices sur l’évolution du système Terre-Lune.

2/ Envoyer une sonde sur Vénus.

3/ Récupérer quelques grammes d’un astéroïde.

L’un de ces projets devrait être choisi l’an prochain pour une mise en œuvre à partir de 2018. Ah bon. On ne frémit pas d’impatience… dans ce contexte, pour la part du rêve dont je vous parlais, on a plus envie de s’intéresser à ce que fond les Chinois ou les Japonais. Ils semblent un peu plus motivés.

Si vous trouvez ces missions tristounettes, si vous êtes en manque de grande aventure spatiale, si vous connaissez les missions Apollo par cœur, je n’ai plus qu’un conseil à vous donner : lisez les auteurs de Science-Fiction ! par exemple « Voyage » de Stephen Baxter, qui réinvente un autre programme Apollo, et une autre histoire spatiale. Rêvons ! puisque c’est tout ce qu’il nous reste !

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