Missions lunaires : ne pas oublier la balayette


Avant de se reposer sur la Lune, l’homme devra tirer quelques enseignements des missions Apollo.

Parmi ceux-ci, comment gérer la poussière lunaire : on se souvient notamment de Gene Cernan et de Harrisson Schmitt ( Apollo 17 – décembre 1972 ) se frottant mutuellement les combinaisons pour essayer de se débarrasser de cette poussière omniprésente, avant de remonter dans le Lem, au terme de l’une de leurs trois sorties extravéhiculaires.

Cernan sur la lune

( Célèbre photo de Gene Cernan sur la Lune, de retour dans le Lem au terme d’une sortie extravéhiculaire, remarquez la poussière lunaire sur sa combinaison – mission Apollo 17, décembre 1972 )

Car la poussière lunaire ( moondust en version originale ) s’infiltre partout, et pas seulement sous les ongles: dans les combinaisons, dans les rovers, dans les instruments pour les expériences, bref, dans tous les recoins possibles des engins de haute précision susceptibles d’être utilisés sur la Lune. Lors d’un plus long séjour, le problème pourrait mettre en péril une mission, ou compromettre la santé des astronautes : ils risquent d’inhaler cette poussière, ou de l’emmener en gravité zéro, où les risques d’inhalation pourraient être multipliés par leur flottement dans l’air ambiant.

Lors des missions Apollo dans les années 60 et 70, Brien O’Brien était professeur de sciences spatiales à l’Université de Rice aux Etats-Unis. C’est lui qui avait conçu le matériel et les expériences qui ont servi aux missions lunaires, en matière d’analyse de la poussière. Il a aujourd’hui 75 ans et habite à Perth en Australie, tout en enseignant à l’université, à la « Western Australia School of Physics ».

Si je vous parle de Brien O’Brien aujourd’hui, c’est qu’il possède toujours un ensemble de 177 enregistrements de données, contenant les résultats des expériences menées par les détecteurs de poussière utilisés lors des missions Apollo. De petits détecteurs de 270 grammes qu’il avait lui-même conçus et qui étaient accrochés à l’époque sur la partie extérieure des modules lunaires.  Ces données n’ont jamais été analysées dans leur intégralité, et selon le professeur O’Brien, avec les moyens dont nous disposons aujourd’hui, l’analyse de ces données pourrait apporter d’importants enseignements pour la future conquête de la Lune.
Des données qui ne sont pas sans intéresser d’ailleurs le programme de recherche spatiale lancé récemment par le gouvernement australien.

( ci dessous, Gene Cernan dans la région lunaire de Taurus-Littrow, remarquez la poussière au niveau de la roue – mission Apollo 17 – EVA1 – décembre 1972 )

Rover apollo 17

Alors la poussière lunaire, c’est comment ?

Le sol lunaire est beaucoup plus fin que du sable, ça ressemble davantage à du talc, ou encore à de la neige, avec des particules de seulement 20 microns, soit largement moins que l’épaisseur d’un cheveu. Cette poussière est aussi très collante, elle adhère sur tout ce qui se présente (regardez par exemple les genoux de Buzz Aldrin sur la photo la plus célèbre d’Apollo 11, voir un peu plus bas )

Parmi les enseignements apportés par le professeur O’Brien, on sait aujourd’hui que plus on avance dans la journée lunaire ( qui dure environ 14 jours terrestres, soit la moitié des 29 jours et demi terrestres -710 heures- correspondant à la rotation globale de la lune ) plus la poussière adhère, et s’infiltre. Par conséquent, les astronautes doivent travailler en extérieur plutôt en « matinée » lunaire, comprenez dans la première partie des 14 jours terrestres où il fait jour sur la Lune. Le scientifique conseille également aux concepteurs des futurs alunisseurs de développer des systèmes de protection, car la poussière, surtout en cas de séjours prolongés, pourrait créer d’innombrables dégâts.

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